Introduction

Dans une perspective de prévention des problèmes reliés à la consommation d'alcool et d'autres drogues chez les jeunes, la famille constitue un milieu privilégié pour intervenir auprès des enfants et en particulier des adolescents. D'une part, les parents ont un rôle primordial à jouer en ce sens, tant par leur statut de guide et de modèle quant aux valeurs qu'ils préconisent au sein de la famille que par les aptitudes qu'ils transmettent à leurs enfants. D'autre part, les parents sont souvent inquiets et démunis face à la consommation d'alcool ou d'autres drogues chez les jeunes, en particulier face aux drogues illégales.

Vous êtes parent d'un(e) adolescent(e) ? La consommation éventuelle ou actuelle de votre enfant vous préoccupe ? Vous voulez agir ou réagir adéquatement ? Voici quelques points importants à considérer; en tenir compte diminue les risques d'une consommation problématique par rapport à l'alcool ou aux autres drogues :

- Informez-vous
- Développez une bonne communication avec votre enfant
- Favorisez l'estime de soi chez votre enfant
- Apprenez à votre enfant à résoudre ses problèmes
- Donnez l'exemple, soyez un bon modèle
- Supervisez les activités de votre enfant

Si vous réalisez que votre enfant consomme et que vous vous sentez démuni, consultez les points suivants :

- Comment réagir si votre enfant consomme
- Besoin d'aide? (Ressources extérieures)

Informez-vous

Il arrive fréquemment que les parents aient des idées préconçues quant à la consommation des jeunes et en particulier en ce qui concerne les drogues illégales. Afin d'intervenir efficacement sur le sujet auprès de son enfant, il importe dans un premier temps de posséder une information de base sur la réalité que vivent les jeunes, ainsi que sur les caractéristiques de la consommation et des substances en jeu.


Caractéristiques de l'adolescence

L'adolescence se caractérise par le passage du monde de l'enfance à celui des adultes et constitue une étape de vie en soi. Elle est marquée en particulier par l'intensité des changements et du développement qui se produisent sur plusieurs plans : le corps croît rapidement, les caractéristiques sexuelles secondaires apparaissent, les capacités intellectuelles se décuplent. Au niveau émotionnel, on remarque une quête graduelle d'autonomie, notamment par rapport aux parents, ce qui résulte en la recherche d'une nouvelle identité personnelle. C'est l'âge de l'expérimentation, de la recherche de ses propres voies d'expression.


On voit souvent l'adolescent comme une personne instable, émotive, contestataire de l'autorité des parents et des valeurs des adultes en général, en même temps qu'influençable et sensible aux pressions de ses pairs. L'adolescence fait en sorte que la personne qui vit cette phase est particulièrement vulnérable. D'une part, elle délaisse un monde relativement sécurisant (celui de l'enfance) pour se retrouver face à un autre qu'elle ne maîtrise pas encore (celui des adultes). « Un adolescent, c'est un homard pendant la mue : sans carapace, obligé d'en fabriquer une autre, et en attendant, confronté à tous les dangers » (F. Dolto, Paroles pour adolescents - le complexe du homard).


Les perturbations vécues à l'adolescence sont indéniables, mais il faut réaliser qu'elles ne sont pas aussi marquées pour tous les jeunes et ne constituent pas nécessairement en elles-mêmes une situation problématique. Plusieurs études vont d'ailleurs à l'encontre de l'idée de la fameuse « crise de l'adolescence » et démontrent que la majorité des jeunes ne vivent pas de problèmes de désorganisation de la personnalité ou de crises émotionnelles particulières.


Si on a besoin d'être rassuré, on peut toujours se dire que la simple observation démontre que la grande majorité des adolescents finissent par devenir des adultes raisonnables et équilibrés. Si la contestation de l'autorité et parfois la rébellion ennuient bien des parents, elles n'en jouent pas moins un rôle capital dans le passage de l'enfance au monde adulte. C'est la façon qu'utilise l'adolescent pour commencer à fonctionner de lui-même et évoluer vers la maturité. Il serait même inquiétant que ce processus ne se manifeste pas du tout.


Les parents ont cependant un rôle à jouer pour que cette phase ne se transforme pas en crise et qu'elle se vive relativement bien au sein de la famille. « Pour sortir de l'oeuf, il faut que le poussin le brise et cela ne va pas sans certains éclats. Ennuyeux mais sans doute inévitable, en même temps que sain » (L. Auger, Élever des enfants sans perdre la boule).


Qu'on le veuille ou non, on est un jour ou l'autre confronté en tant que parent à la présence de l'alcool ou d'autres drogues dans l'entourage et la vie de son adolescent. Que doit-on en penser ? Comment y réagir si nécessaire ? Avant tout, il est utile de comprendre la situation générale de la consommation chez les jeunes.


Caractéristiques de la consommation chez les jeunes

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L'alcool constitue la substance la plus consommée chez les jeunes. Les autres sont par ordre décroissant (sauf le tabac) et dans une proportion beaucoup moindre : les dérivés du cannabis (marijuana, haschich), les produits synthétiques et la cocaïne. Contrairement aux adultes chez qui les hommes consomment le plus, les filles et les garçons de 15 à 17 ans ont des habitudes de consommation à peu près semblables. De plus, du début à la fin de l'adolescence, la consommation augmente proportionnellement avec l'âge, que ce soit pour l'alcool ou les autres drogues.


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Les jeunes sont conscients qu'ils n'ont pas l'âge légal pour consommer de l'alcool et qu'il est illégal d'en consommer certaines autres. La disponibilité des produits, le désir d'en expérimenter les effets et les pressions de toutes sortes (publicité, contexte social, influence des pairs) font qu'ils en consomment tout de même.


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Les jeunes n'ont d'ailleurs pas l'impression de faire quelque chose de malsain lorsqu'ils consomment de l'alcool ou d'autres drogues et ils sont donc portés à en banaliser l'usage. Ils sont agacés par la réprobation sociale et parentale vis-à-vis des drogues illégales alors que l'alcool qui est aussi par définition une drogue, est largement accepté et bénéficie d'une publicité à outrance.


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Les jeunes réalisent qu'une consommation abusive peut amener de graves problèmes personnels et peut conduire à des actes criminels. L'effet néfaste qu'ils veulent éviter est de perdre le contrôle et ne plus pouvoir s'en passer. En général, leurs connaissances sur l'ensemble du phénomène de la toxicomanie se limitent souvent aux produits auxquels ils ont accès et à leurs effets immédiats.


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Dans une forte proportion, les jeunes consomment seulement de façon occasionnelle et exploratoire. Ils sont intéressés à connaître l'effet des différentes drogues à leur portée, mais non de façon inconsidérée. Ils ne cherchent pas à consommer à tout prix mais ils saisissent l'occasion si elle passe.


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Les principales raisons invoquées par les jeunes pour justifier leur consommation sont par ordre décroissant : la recherche du plaisir et de l'euphorie, la réduction de la gêne, la recherche de nouvelles sensations, faire comme les amis, aller au bout de ses limites, la curiosité.


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On évalue généralement que 15% des jeunes ont un processus de consommation d'alcool ou d'autres drogues jugé problématique. Les principales raisons pour un individu de développer un problème sont les suivantes : image négative de soi, manque de valorisation et tendance à accumuler les échecs, difficulté à communiquer ses sentiments, rapports familiaux difficiles, habitudes de consommation abusive d'un parent immédiat.


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Il y a différents types de consommateurs. Il est important de ne pas confondre l'adolescent qui consomme par curiosité et celui qui consomme de façon abusive ou habituelle.


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Plus tôt l'adolescent consomme de l'alcool ou d'autres drogues, plus il y a risque qu'il développe une dépendance. Physiquement, le système nerveux est encore en croissance et plus vulnérable. Psychologiquement, l'adolescent est à un âge où il établit les modèles qui détermineront ses attitudes et comportements face aux événements. Lorsqu'il utilise l'alcool ou une autre drogue comme réponse satisfaisante aux situations nouvelles, l'adolescent néglige d'apprendre à affronter ces situations par ses propres moyens, ce qui bloque le développement de sa personnalité et le rend dépendant du produit très rapidement.


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La polytoxicomanie (usage courant de plusieurs drogues légales ou non) apparaît de plus en plus comme le mode habituel de consommation abusive chez les jeunes (comme chez les adultes). En ne se préoccupant que des drogues illicites, on banalise l'usage de 85% des produits reliés à des problèmes de toxicomanie chez les jeunes (alcool et médicaments utilisés à des fins non-thérapeutiques). Si on ne s'attaque qu'à une catégorie de drogues en particulier, le consommateur en adoptera une autre supposée plus acceptable, l'alcool par exemple, sans que l'on n'ait rien changé aux motifs de surconsommation et aux problèmes qui en découlent.


Caractéristiques des substances et de la toxicomanie

Sans vouloir devenir des experts, il est tout de même pertinent de s'informer sur les diverses substances susceptibles d'être consommées : noms, usage, effets. En ce sens, on peut consulter les sites suivants :

- www.toxquebec.com (voir le livre "Drogues : savoir plus, risquer moins")
- www.etape.qc.ca
- www.parlonsdrogue.com

De plus, les énoncés suivants devraient être retenus :

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Une drogue est une substance extérieure qui a la propriété d'agir sur le système nerveux central et par conséquent, d'avoir un effet sur l'humeur, la perception, les facultés, l'état de conscience ou le comportement général de la personne. L'usage populaire associe le mot drogues aux substances illégales. Il ne faut pas oublier que l'alcool est bel et bien une drogue, celle qui est la plus consommée et dont on abuse le plus.


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La toxicomanie est un état d'intoxication périodique et chronique, engendré par la consommation répétée d'une drogue. Les principales caractéristiques sont la dépendance physique et psychologique, ainsi que la tolérance. La dépendance physique est le besoin de consommer une substance dont l'organisme ne peut plus se passer après s'y être habitué. Une privation de la substance amène des troubles physiques (symptômes de sevrage). La dépendance psychologique est un besoin créé par la satisfaction éprouvée suite à l'absorption d'une substance et qui amène à en répéter l'usage. La tolérance est la capacité de l'organisme à s'adapter à un produit obligeant ainsi l'utilisateur à augmenter les doses pour ressentir l'effet recherché.


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Il y a différents types de consommateurs. Il est important de ne pas confondre l'adolescent qui consomme par curiosité et celui qui consomme de façon abusive ou habituelle.


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Plus tôt l'adolescent consomme de l'alcool ou d'autres drogues, plus il y a risque qu'il développe une dépendance. Physiquement, le système nerveux est encore en croissance et plus vulnérable. Psychologiquement, l'adolescent est à un âge où il établit les modèles qui détermineront ses attitudes et comportements face aux événements. Lorsqu'il utilise l'alcool ou une autre drogue comme réponse satisfaisante aux situations nouvelles, l'adolescent néglige d'apprendre à affronter ces situations par ses propres moyens, ce qui bloque le développement de sa personnalité et le rend dépendant du produit très rapidement.


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La consommation de certaines drogues est illégale. Socialement, la consommation d'alcool et de médicaments est légale sauf dans les cas suivants : avant d'avoir l'âge légal de 18 ans, conduite avec facultés affaiblies (.08mg), usage de médicaments à des fins non-thérapeutiques.


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Il y a plusieurs approches pour comprendre la toxicomanie : vision légaliste, maladie, mécanisme de défense, béquille, etc. Une approche intéressante envisage la toxicomanie comme une expérience de vie où la consommation n'est que le symptôme d'une situation plus profonde vécue par un individu, où la consommation n'est pas d'abord la cause d'une situation problématique mais plutôt la conséquence d'un état problématique déjà existant. C'est aussi une expérience de vie qui se présente comme un essai d'adaptation à des conditions difficilement tolérables et pouvant même s'avérer à tel moment la seule solution accessible pour l'individu face à des problèmes de mal de vivre.


Développez une bonne communication avec votre enfant

Les parents déplorent souvent que la communication soit difficile avec leur adolescent, que celui-ci ne semble pas intéressé à leur parler et qu'en plus, il n'écoute pas ce qu'ils ont à lui dire. Les parents sentent alors que la situation leur échappe et se dégrade comparativement aux années antérieures où ils avaient facilement le contrôle sur leur enfant.


Il faut réaliser que le changement de comportement amené par l'adolescence, force les parents à transformer eux aussi en profondeur leur propre comportement. Il faut donc redéfinir les règles de contrôle et d'autorité que l'on appliquait antérieurement et établir de nouveaux modes de communication.


Les obstacles à la communication

Dans le but d'améliorer la qualité de la communication parent-adolescent, il peut être utile d'examiner d'abord certains comportements pouvant nuire à une bonne relation. En les éliminant graduellement, le terrain sera beaucoup plus propice à favoriser les échanges.


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La communication basée sur le contrôle

C'est lorsque la plupart des interventions du parent se font sur la base de donner des ordres, d'imposer la discipline. L'observation démontre que ce type de comportement, au-delà d'un certain point, amène chez l'adolescent la réaction inverse à celle désirée. Celui-ci interprète alors la situation dans le sens suivant : entrer en relation avec le parent équivaut à se faire donner un ordre ou une directive, et cela à un moment où il veut justement acquérir son autonomie. Sa réaction est donc de fuir les contacts pour s'éviter des sentiments désagréables.


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La communication basée sur la morale

Qui aime qu'on lui fasse la morale ? Certainement pas l'adolescent pour qui cette façon de faire va à l'encontre de son désir d'autonomie et de sa recherche d'identité. Faire la morale équivaut à imposer à l'autre sa vision des choses et décider ce qui est bon ou mauvais pour lui sans laisser place à son individualité.


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La communication basée sur la critique

Dans ce cas, le parent souligne constamment ce qui ne va pas, ce qui devrait être fait. L'adolescent pense alors que peu importe ce qu'il fait, il y aura toujours à redire. Ce comportement amène souvent comme conséquence que l'adolescent évite d'informer le parent de ce qu'il fait pour ne pas avoir à subir la critique. On pense souvent que les jeunes se révoltent contre l'autorité des parents. On pourrait dire avec plus de justesse que c'est bien plus contre les critiques et reproches constants qu'ils se rebellent.


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La communication basée sur le cynisme

Le meilleur moyen pour qu'une personne se referme par rapport à nous est de lui manquer de respect. Les paroles blessantes, visant à tourner au ridicule ou à dévaloriser sont alors interprétées comme un rejet. Elles peuvent aussi amener une réaction d'autodéfense qui fait en sorte que l'adolescent, soit évitera le plus possible les contacts, soit ripostera de la même façon, amenant un climat de confrontation.


Il est peu probable que dans le feu de l'action quotidienne on en arrive comme parent à éliminer complètement tous ces obstacles à une bonne communication. Il est cependant essentiel de les éviter graduellement le plus possible, tout en augmentant parallèlement la fréquence d'un autre style d'échange pouvant s'avérer plus profitable.


Quelques règles pour une communication de qualité

Par rapport au phénomène de la consommation d'alcool ou d'autres drogues, la véritable intervention préventive des parents se passe ailleurs que dans le simple fait de discuter de ces produits, d'établir des règles, des limites ou des sanctions. Cela n'est pas nécessairement exclu, mais c'est dans la vie de tous les jours que la véritable prévention se réalise et idéalement, elle commence bien avant l'adolescence. La communication fait partie du quotidien. Voici quelques règles pour qu'elle soit de la meilleure qualité possible :


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Être disponible

Il est important que l'adolescent sente que le parent n'est pas présent dans sa vie seulement pour lui donner des ordres ou régler des problèmes. Le jeune apprécie qu'on lui consacre du temps, non simplement pour discuter avec lui mais aussi pour être avec lui. Il est alors plus réceptif et disponible à son tour.


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L'acceptation

« Lorsqu'une personne est capable de ressentir et de communiquer une acceptation authentique à une autre, elle est en mesure de devenir un agent d'aide important pour cette dernière » (T. Gordon, Parents efficaces). Plusieurs parents pensent que pour aider un enfant à s'améliorer, il suffit de lui dire ce que l'on n'accepte pas tout en lui dictant ce qu'il devrait faire à la place. Dans les faits, cette non-acceptation se traduit par des jugements critiques, reproches ou ordres. Pourtant, les thérapeutes et consultants se basent presque toujours et avec succès sur l'acceptation pour amener l'autre à s'ouvrir et faire part de ses sentiments. Lorsqu'on se sent accepté, on ne craint pas les jugements et on se sent libre d'avouer les pires choses sur nous-mêmes.


Concrètement, il faut accepter que l'adolescent veuille faire ses propres expériences, même si d'après nous, il manque justement d'expérience. Il faut accepter qu'il ne pense pas comme nous et qu'il ait droit à son autonomie. N'est-ce pas d'ailleurs ce que l'on veut qu'il acquière ? Pour l'adolescent, il faut « être accepté pour accepter d'être ».


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Savoir écouter

C'est un besoin primordial pour l'adolescent que d'être écouté, de se faire entendre. Ne pouvant toujours le faire au sein de la famille, il va d'ailleurs vers ses pairs où il se sent écouté, compris et accepté. Avec les parents, il est parfois prêt à tout pour se faire entendre, dût-il provoquer ou choquer.


D'autre part, le parent est plus habitué à se faire entendre, ne serait-ce que par sa position d'autorité ou de guide, qu'il manifeste depuis la naissance de l'enfant. Mais à l'adolescence, les messages et directives passent moins bien. Devant l'indifférence à ses propos, le parent a parfois l'habitude de dire :  « M'écoutes-tu quand je te parle ? » Il aurait plutôt intérêt à se sentir interpellé par l'adolescent qui peut lui aussi et de manière très judicieuse lui dire à son tour :  « M'écoutes-tu ? »


Écouter peut aussi vouloir dire au sens plus large "être à l'écoute". En ce sens, c'est porter une attention particulière à ce qu'il vit et ce qu'il ressent, ses pensées, ses joies, ses inquiétudes, ses problèmes.


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Une situation sans gagnant ni perdant

Tout parent souhaite que son adolescent soit ouvert et qu'il collabore. On réalise maintenant que les situations où les directives viennent toujours des parents ne donnent plus les résultats escomptés et ne favorisent pas l'ouverture et la collaboration. Une avenue intéressante consiste à rechercher une solution qui satisfasse tant le parent que l'adolescent, une situation sans gagnant ni perdant (T. Gordon, Parents efficaces). Si le jeune a le sentiment qu'il perd toujours avec ses parents, il est normal qu'il soit peu porté sur le dialogue. Il fera ce qu'il veut en cachette et gardera pour lui ses sentiments et ses projets aussitôt qu'il percevra le moindre désaccord de ses parents.



Pour que l'adolescent se confie, il doit sentir que ses propos vont avoir un résultat et qu'ils valent la peine d'être dits. Quand on est convaincu à l'avance qu'on va perdre, on ne tente même pas l'expérience. Jouer sans gagnant ni perdant, c'est accepter de remettre son point de vue en question, c'est accepter que la meilleure solution l'emporte et non pas toujours celle des parents parce qu'ils ont une position d'autorité. Cela demande bien sûr de l'assurance et une certaine ouverture de la part des parents. Mais il faut se rappeler qu'être ouvert amène l'autre à s'ouvrir et qu'en fin de compte, on veut que son adolescent acquière son indépendance à mesure qu'il vieillit.


Favoriser l'estime de soi chez votre enfant

L'usage abusif de l'alcool ou d'autres drogues prend sa source dans des attitudes telles que le manque de confiance et le peu d'estime de soi, l'absence de valorisation et une propension à l'échec. Toute action des parents en fonction d'empêcher ou de limiter l'apparition et le développement de ces attitudes peut être considérée comme une mesure efficace de prévention.

L'adolescence est une période particulièrement critique quant au développement de l'estime de soi. Le jeune voit survenir de nombreux changements physiques et psychologiques et il les perçoit souvent comme inquiétants. Des pressions s'exercent sur lui à l'école, dans la famille ou avec ses amis. Il se cherche une identité propre et il ne sait pas toujours où se diriger. S'il vit mal cette période, il peut être plus disposé à rechercher une porte de sortie dans l'alcool ou les autres drogues. Il est important de créer un état d'esprit positif face au développement de la confiance en soi. Cela amène à être bien dans sa peau ce qui diminue l'envie de recourir à l'alcool ou aux autres drogues pour y parvenir.

L'identification à un groupe d'amis est importante pour l'adolescent. Il y trouve souvent la compréhension face à ses expériences, ses sentiments et ses problèmes. Il y est normalement accepté et il peut s'y valoriser. Pour le jeune qui a un milieu familial où il se sent aimé et apprécié, le groupe d'amis ne viendra que confirmer ce qu'il ressent déjà. Pour l'adolescent qui est en conflit avec ses parents, le groupe d'amis deviendra souvent le seul milieu où il se sentira accepté. Il est à ce moment plus soumis aux exigences et pressions du groupe, au détriment de sa propre identité.

Les parents, sans être sur-protecteurs, peuvent faire en sorte d'aider leur adolescent à développer ses capacités et par conséquent sa confiance en lui. Pour ce faire, les points suivants sont à considérer :

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Reconnaître et encourager ses talents naturels, ses habiletés et ses activités parascolaires. Le succès contribue au développement de l'estime de soi.


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Reconnaître ses efforts, l'encourager et le soutenir en ce sens.


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Le complimenter, non seulement dans le cas d'exploits majeurs, mais surtout dans ses actions quotidiennes. Les compliments sont aussi valables lorsqu'il fait de son mieux, même avec plus ou moins de succès. Le compliment doit cependant être mérité pour être significatif et constructif.


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Lui laisser savoir que vous acceptez ses limites en même temps que vous appréciez ses talents.


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Lui laisser des responsabilités afin qu'il se rende utile, quitte à lui laisser décider du moment et de la façon de les assumer.


Apprenez à votre enfant à résoudre ses problèmes

Quand notre enfant est tout jeune, nous voyons en tant que parent à résoudre pour lui tous ses problèmes et il est normal qu'il en soit ainsi. À l'adolescence, notre enfant doit graduellement apprendre à résoudre ses problèmes par lui-même, dans un processus normal d'acquisition de son autonomie. En tant que parent, nous pouvons l'aider à y arriver en lui apprenant à développer sa capacité à prendre des décisions ainsi qu'à aborder ses problèmes de façon efficace. À ce sujet, il existe un processus simple que nous pouvons lui transmettre. Cette méthode permet d'augmenter ses chances de prendre la meilleure décision possible dans une situation donnée. La personne qui l'applique apprend ainsi à solutionner ses problèmes, ce qui lui permet ainsi d'avoir un meilleur contrôle sur sa vie et d'augmenter en conséquence l'estime de soi.

Processus de résolution de problèmes :

a) Définition du problème : Il faut faire ressortir les différentes facettes du problème qui ont une importance pour nous. Il faut explorer et comprendre le problème, sortir toutes les informations possibles et les classifier.

b) Rechercher des solutions : Afin de répondre au problème, il faut trouver des possiblités d'action. Il faut trouver le plus grand nombre possible de solutions. On utilise alors la méthode du "remue-méninges" (brain storming). Les quatre règles de base en sont :

- pas de jugement ; on énumère sans analyser ;
- originalité et spontanéité ;
- quantité illimitée de solutions ;
- combinaison de plusieurs solutions.

c) Évaluer les solutions : Il faut évaluer chaque solution trouvée en fonction de sa valeur, de la probabilité qu'elle soit efficace, des conséquences qui arriveront si on utilise telle ou telle solution. Par exemple, quelles seront les conséquences personnelles, sociales, à court ou à long terme, positives ou négatives, en termes de coût et d'effort ?

d) Choisir la meilleure solution : Une fois que l'on a évalué toutes les solutions possibles, il devrait y avoir une solution qui nous semble la meilleure. On doit évidemment tenir compte du fait qu'elle soit réalisable de façon raisonnable. Il peut aussi arriver que plusieurs solutions fassent l'affaire et se complètent.

e) Agir : Il faut poser des gestes concrets pour mettre en cours la solution trouvée. À cet effet, on devra se fixer des conditions : où, quant, comment on va réaliser les actions. En cours de route ou après l'action, il est utile d'évaluer de quelle façon on a agi. Cela permet au besoin de pouvoir se réajuster en conséquence.


De façon complémentaire, on devrait mettre en oeuvre les points suivants :


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Expliquer que les changements, conflits, problèmes, sentiments négatifs, sont des phénomènes normaux et qu'il est sain d'y faire face par ses propres moyens. Le recours à l'alcool ou à d'autres drogues comme solution immédiate à un malaise empêche de développer son potentiel et amène au recours constant à cette solution avec les problèmes de dépendance qui en découlent.


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Aider l'adolescent à se fixer des objectifs, des buts réalistes à court et à long terme.


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L'aider à développer son jugement ; l'encourager à s'exprimer, lui demander son opinion sur toutes sortes de sujets.


Donnez l'exemple, soyez de bons modèles

En principe, les parents sont les personnes les plus susceptibles d'influencer le comportement des adolescents, malgré le fait que ceux-ci cherchent à se détacher progressivement de la famille dans une recherche de leur identité propre. Ils ont encore besoin de l'appui et de l'approbation des parents tout en cherchant constamment à « négocier » leur indépendance.

L'influence des parents joue sur plusieurs plans. Par exemple, l'adolescent copie très facilement les comportements indésirables de ses parents. Si ceux-ci crient, insultent ou sont irrespectueux, ils apprennent à leurs enfants à faire de même. Par contre, les comportements désirables sont aussi imités dans la mesure où l'adolescent admire ses parents. Dans un sens, il n'accepte d'être guidé que par les personnes qu'il aime et en qui il a confiance.

L'importance du modèle des parents ressort bien dans le fait qu'il y ait cohérence ou non entre leurs paroles et leurs actes. Les adolescents n'écouteront pas ce que disent leurs parents si ceux-ci n'ont pas des actions conformes à leurs paroles. Ces considérations prennent une grande importance dans les attitudes des adolescents face à la consommation. Ainsi, le parent qui abuse de l'alcool ou des médicaments et qui veut empêcher son enfant de consommer, a peu de chances d'y arriver. De la même façon, le parent qui ne respecte pas les lois ou règlements doit s'attendre à ce que son adolescent ne suive pas ses directives ou interdictions vis-à-vis des drogues. Il faut avant tout prendre conscience que la consommation modérée ou abusive de drogues légales (l'alcool par exemple) sert d'exemple aux adolescents pour leur propre consommation de drogues légales ou illégales.

En ce sens, il est certainement bon que la modération des parents face à la consommation serve de modèle à leurs enfants. Ainsi, par notre comportement, on peut enseigner la modération de façon subtile. L'adolescent peut apprendre graduellement quand accepter ou refuser un verre, à boire lentement, à connaître ses limites, à s'arrêter avant d'être ivre. Il faut se rappeler que l'adolescent est plus sensible à l'alcool qu'un adulte et que le risque d'alcoolisme est plus élevé pour lui.

Par contre, il n'est pas nécessaire pour le parent de se présenter comme un modèle de perfection, à condition qu'il puisse parler honnêtement de ses expériences positives ou négatives. Ainsi, il est possible pour un parent qui vit lui-même un problème de toxicomanie d'inciter son adolescent à une certaine modération, à condition d'accepter de parler franchement et honnêtement de son problème.


Supervisez les activités de votre enfant

"De nombreuses études ont montré le lien entre la supervision parentale et les problèmes de comportement chez les jeunes. En effet, la probabilité de consommer des substances psychotropes est très élevée chez les jeunes lorsque les parents n'expriment pas clairement les limites qu'ils posent à leurs enfants, que les punitions qu'ils leur donnent sont abusives ou encore lorsque les parents ne connaissent pas les amis et les lieux fréquentés par leur enfant." (tiré de CPLT et Maison Jean-Lapointe, La famille, un trésor à préserver). En ce sens, les points suivants sont à appliquer :


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Lors de ses sorties, sachez à quel endroit et avec qui est votre enfant. Habituez-le à vous donner cette information de façon naturelle.


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Donnez l'exemple en ce sens, en disant vous-mêmes où vous allez lorsque vous sortez.


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Ne craignez pas d'exprimer votre désaccord si l'endroit ou le contexte des sorties de votre enfant ne vous conviennent pas et même si à la limite vous le laissez faire, démontrez-lui votre souci pour son bien-être et sa sécurité.


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Expliquer clairement son opinion sur l'usage de l'alcool et des autres drogues par les jeunes. Discuter de ses attentes et demander au jeune son opinion. Le fait d'imposer une interdiction de façon autoritaire ne fonctionne généralement pas très longtemps avec l'adolescent.


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Établir des limites en essayant d'atteindre un équilibre raisonnable entre le contrôle et l'autonomie. Les règles doivent être flexibles tout en étant constantes.


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Insister sur le fait que l'on fait confiance à son adolescent, mais pas à son inexpérience.




Comment réagir si votre enfant consomme

Si vous réalisez que votre adolescent consomme de façon régulière ou abusive, il est important de réagir à cette situation. La décision de changer lui appartient mais vous pouvez faire en sorte de l'inciter et de l'aider à y arriver. En ce sens, on devrait appliquer les points suivants.


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Rester calme ; la colère, la frayeur ou la culpabilité sont peut-être des sentiments normaux dans une telle circonstance, mais elles sont mauvaises conseillères dans la discussion.


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Attendre qu'il soit dans son état normal pour discuter avec lui ; on n'arrivera à rien s'il est toujours sous l'effet du produit.


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Être franc. Pour trouver une solution, on se doit de pouvoir discuter de ce que l'on sait et ressent.


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Explorer avec lui les causes qui l'amènent à consommer.


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Le motiver à changer en lui donnant si nécessaire une information objective sur les causes de la toxicomanie ; l'aider à réaliser dans quelle mesure il est impliqué dans le processus.


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Chercher avec lui des alternatives pour répondre aux besoins qu'il a comblés en consommant.


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Lui faire savoir qu'il est important, lui démontrer de l'affection et de la compréhension.


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Lui laisser assumer les conséquences de ses actes. Éviter la complicité malsaine.


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Établir des limites raisonnables. Sans l'avouer, l'adolescent, malgré un désir d'autonomie, recherche parfois des limites à son comportement de la part de ses parents.

*
Réviser ses propres agissements par rapport à son adolescent et les corriger au besoin.


*
Le diriger si nécessaire vers des ressources extérieures. À ce sutet, consulter la section « Besoin d'aide ? » ci-après.


Besoin d'aide ?

Si vous ne savez comment réagir face à la consommation de votre enfant, des ressources s'offrent à vous. Il ne faut pas hésiter à les utiliser lorsque l'on se sent démuni.


- Ligne-Parents

Service téléphonique d'intervention pour les parents, 24 heures par jour, 7 jours par semaine, sans frais. 1-800-361-5085 ; pour Montréal : (514) 288-5555


- Drogue : aide et référence

Service téléphonique 24 heures par jour, 7 jours par semaine sans frais : donne de l'information sur tous aspects reliés à l'alcool ou aux autres drogues et réfère si nécessaire à des ressources de votre milieu. Tél. : 1-800-265-2626 ; pour Montréal : (514) 527-2626


- Votre CLSC

Le CLSC est généralement la porte d'entrée pour les services relatifs à la santé et aux services sociaux, incluant les problèmes reliés à la consommation d'alcool ou d'autres drogues.


- Pour consultation ou évaluation gratuite dans votre milieu,

voir le site Internet : www.aqcid.com/fr/a-propos/liste-des-membres/. (voir "liste de membres").


- Les ressources de l'école de votre enfant

Dans plusieurs écoles, il existe un éducateur en prévention de la toxicomanie, formé pour intervenir auprès des jeunes. On peut aussi contacter d'autres professionnels de l'école : travailleur social, psychologue, infirmière.

POUR D'AUTRES INFORMATIONS sur le rôle des parents et de la famille, consultez les sites Internet suivants :


- www.actiontox.com

(voir Parents/Intervenants)


- www.educalcool.qc.ca

(voir Guide parents-enfants)


Quelques documents à télécharger, utiles aux parents :


- Ministère de la Santé et des services sociaux du Québec,

La drogue, si on s'en parlait. Consultez le site www.dependances.gouv.qc.ca. Aller à "Toxicomanie - Publications sur la toxicomanie".


- Comité permanent de lutte à la toxicomanie

Drogues : Savoir plus, risquer moins. Consultez le site www.toxquebec.com. Cliquer sur l'illustration du livre, sur la page d'accueil.


- Maison Jean-Lapointe

Trucs et conseils pour une meilleure harmonie familiale. Consultez le site www.maisonjeanlapointe.com. Aller à "Plan du site - documentation - documents".


Conclusion


La prévention de la toxicomanie commence d'abord dans la famille et c'est souvent à partir du climat que l'on y installe et du type de communication que l'on y entretient que se développera ou non une situation problématique face à la consommation de l'adolescent. Une famille saine est le meilleur antidote face à d'éventuels problèmes causés par l'alcool ou d'autres drogues. En ce sens, on a tout intérêt à en développer les caractéristiques suivantes (Conférence nationale L'abus des drogues : des leviers pour la famille).


Les membres d'une famille saine :

- communiquent et écoutent ;

- s'affirment et se soutiennent entre eux ;

- font montre de respect les uns envers les autres :

- font montre de confiance ;

- possèdent un sens du jeu et de l'humour ;

- savent partager les responsabilités ;

- savent où se situent le bien et le mal ;

- ont des coutumes et des traditions qui leur sont propres ;

- ont des agissements équilibrés entre eux ;

- possèdent un ensemble de valeurs spirituelles ;

- respectent la vie privée des autres membres ;

- jugent qu'il est important de rendre service aux autres ;

- encouragent la conversation ;

- partagent leurs moments de loisir ;

- cherchent à obtenir de l'aide lorsqu'ils en ont besoin.

Pour toute référence sur ce texte, on peut contacter Sobriété du Canada.